Concours spécial Halloween : Halloween ou la sorcière de Paris

Je commencerais cette histoire par « abracadabra », car c’est le propre de toute histoire de sorcière. Toutefois mon histoire ne se passe pas dans des contrées reculées de Tasmanie ou d’ailleurs, elle ne s’est pas produite il y a des siècles. Non rien de tout cela. Mon récit prend place ici, à Paris. J’en ai été le témoin pas plus tard qu’hier et je tremble encore en écrivant ces quelques mots.

Connaissez-vous les sorcières, les vraies, celles qui regardent au plus profond de votre âme, celles qui vous parlent sans pour autant desserrer les lèvres, celles qui psalmodient des incantations à vous faire froid dans le dos. Non, vous êtes sûrs… N’avez-vous jamais eu l’impression d’être épié en marchant dans la rue, suivi même parfois, n’avez-vous jamais eu peur de ces ombres qui surgissent de nulle part, au coin d’un immeuble, au bout d’un couloir de métro. Vous voyez, vous les connaissez, sans même vous en rendre compte.

Voici comment j’ai fait leur connaissance, hier, le 31 octobre 2007.

Il était 20h00 quand je suis sortie pour retrouver une amie à Montparnasse. Il faisait déjà nuit depuis un moment. A Porte e Versailles, les rues étaient déjà désertes à cette heure. Je marchais donc le plus rapidement possible pour rejoindre des rues plus peuplées, vers Convention. Mon esprit vagabondait de-ci de-là. De quoi vais-je parler demain dans mon blog. Peut-être de l’expo que je viens de voir sur Fragonard ou encore l’expo photo sur Steichen.

Ou peut-être parler de cette magnifique pochette Gap qui me sert maintenant de porte-monnaie. Soudain, un coin de mon œil fut attiré par une ombre étrange, mouvante. Mon cœur se serra d’un coup, pris par la peur. Je tournai malgré tout la tête sur ma gauche pour voir de quoi il s’agissait. Un chat peut-être. Mais pas du tout. Rien. Personne. Si ce n’est cette ombre incompréhensible qui bougeait de gauche à droite. Le souffle coupé, paniquée, je cherchais à m’enfuir, je disais à mes jambes de courir, de partir, mais rien ne se passa. J’étais plantée là, interdite, sans pouvoir faire le moindre mouvement.

Le sentiment qui m’étreignit à ce moment ne fut plus la panique, cela allait au-delà même de la peur. C’est alors que l’ombre sembla se rapprocher de moi, m’entourer. Une voix se fit entendre. Féminine, douce, mélodieuse, elle me dit, n’aie pas peur. Tu parles !! et je fais comment pour ne pas avoir peur dans une telle situation… Mais bon, passons. Donc, n’aie pas peur, écoute-moi et je te laisserai partir. Ok, mais je n’ai pas vraiment le choix il me semble. Je suis la sorcière de Paris. J’existe depuis bien longtemps déjà. Mon rôle est de veiller sur cette ville chargée d’histoire et de magie. Laisse moi t’en dire un peu plus.

Mes sœurs sorcières et moi-même arpentons chaque année, à la même date, les rues de la ville. Cette année, j’ai décidé que ce sera toi qui m’aideras à faire se toucher les mondes. Tu seras ma clé, ce soir. Je t’ai choisi. C’est un grand privilège et tu en seras récompensée. Ta vie, cette année, te semblera plus douce. Tes soucis s’envoleront. Tu souhaiteras alors me rencontrer à nouveau, tu souhaiteras mieux me connaître. Peut-être cela arrivera-t-il. Pour ton aide, je te laisserai un cadeau, un don. Tu me verras moi et mes semblables tel que nous sommes, là où les autres ne voient qu’une ombre, n’entendent que le vent ou ne sentent qu’un léger frisson. Je vais t’apparaître maintenant pour que tu voies mieux qui je suis.

L’ombre se transforma. D’obscurité, ses contours devinrent lumière. Une beauté impalpable était là, devant moi, magnifique de légèreté, effrayante dans son caractère irréel et magique.

Mais que me voulait-elle exactement. Me transformer en balai brosse ?

J’aimerais que tu m’aides maintenant, en cette veille de la Toussaint. Aide-moi à relier le monde des morts et des vivants, pour que l’espace d’un instant, cette nuit, ceux qui le souhaitent puissent revoir leurs proches disparus. Et comment je fais ça moi ? Tu n’as rien à faire. Laisse-moi juste prendre un peu de ta substance vitale, un peu de ton sang.

Aïe. Le long de mon bras, une coupure, mon sang coulait. Elle me saisit, apporta mon bras à sa bouche, et but les quelques gouttes de vie qui s’en échappaient. Merci, me dit-elle. De rien, le plaisir est pour moi. N’oublie pas, si tu veux, pense à quelqu’un que tu aimerais revoir, penses-y ce soir, et tu le verras. A bientôt.


Oui, c’est ça, à bientôt. J’ouvris les yeux, pensant pourtant qu’ils étaient déjà ouverts, et je me retrouvai dans le métro, ligne 12, station Montparnasse. En face de moi, se trouvait de nouveau cette lumière, cette essence spirituelle. Encore une fois, elle s’adressa à moi : Tu es arrivée maintenant. Je descends, déboussolée. Les yeux un peu hagards, je retrouvai mon amie non loin de là. Comme si de rien n’était, nous nous dirigions dans un café, au hasard. Je l’écoutai parler, me raconter sa vie, l’esprit un peu ailleurs. Elle me parla de son compagnon, de son travail, de ses désirs d’avenir, du poids qu’elle avait pris, de ses envies de fringues, de ses problèmes beauté, une fille à Paris quoi.

Ai-je rêvé ?Voilà que je délire totale maintenant. Je suis bonne pour aller voir un bon psy. Je rentrai ensuite chez moi, les yeux baissés, de peur de voir encore ces choses, de peur d’halluciner. Pourtant je ne put m’empêcher de jeter un rapide coup d’œil là où quelques temps auparavant j’avais eu l’impression de passer de l’autre côté. Rien ne se passa, je continuai mon chemin.

Une fois chez moi, j’allumai la télé pour tomber sur « Les tabous du racisme » sur France 2. Une légère douleur se rappela à moi, le long de mon bras. Je tressaillis, alors qu’à côté de moi apparaissait une forme diaphane qui me sourit. Je la voyais, elle qui était partie depuis tant d’années, je la voyais et elle me parla enfin.

Et vous qui avez-vous vu cette nuit…

2 thoughts on “Concours spécial Halloween : Halloween ou la sorcière de Paris

  1. Bienvenue dans la communauté « Libère tes mots » !
    J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ton récit. Ton blog est super, j’y vais tous les jours, j’adore !
    A très bientôt !